En savoir plus sur le Theravāda

PRÉSENTATION DU THERAVADA- (en bref)

Le Theravada  (Theravāda en langue Palie ), littéralement « la Parole des Anciens », est la seule école des premiers temps du développement du bouddhisme à s’être maintenue. Ce terme désigne actuellement la forme primitive du bouddhisme, transmise par les moines les plus anciens de la Communauté originelle (les thera), jusqu’à nos jours. Il est parfois nommé bouddhisme du Sud ou bouddhisme pāli ; le terme Hīnayāna, « Petit Véhicule » ou « Véhicule de qualité inférieure », est à proscrire pour désigner cette tradition, car trop anachronique et péjoratif.

LA TRANSMISSION ET LES CONCILES

Le Bouddha n’a jamais rien écrit ; ses disciples, en fonction de leurs talents respectifs, ont mémorisé ses paroles et les ont transmises oralement.

Sur les propositions de Kassapa, l’un des disciples majeurs du Bouddha, un premier Concile se tint pendant la saison des pluies à Raajagaha, trois mois après la mort du Bouddha (pendant le règne du roi Ajâtassatu). Il réunit cinq cents arahā. Ananda (celui qui avait suivi le Bouddha toute sa vie, son assistant en quelque sorte) a récité la Doctrine (Dhamma) et Upaali, la Discipline (Vinaya). Le premier Concile a compilé et arrangé le Canon pāli, le Tipiṭaka, dans pratiquement sa forme actuelle.

Les deux autres Conciles d’arahā furent réunis respectivement 100 et 236 ans plus tard pour à nouveau réciter la Parole du Bouddha. Le deuxième fut réuni pour intervenir à la suite de l’indiscipline d’un groupe de moines (connus plus tard sous le nom Mahâsânghika), en quelque sorte les instigateurs du premier schisme. Le troisième Concile eut lieu pendant le règne de l’empereur Ashoka (IIIe siècle avant J. C. ). A cette époque il semble que les différences au sein du Saṅgha étaient irréconciliables car ce Concile ne comprenait que des moines du Theravāda. Plusieurs années plus tard de nombreux bhikkhu « déviants » quittèrent l’état monastique. L’harmonie du Saṅgha retrouvée, le Dhamma-Vinaya fut à nouveau récité comme lors des deux Conciles précédents.

L’empereur Ashoka envoya de nombreux moines dans diverses directions, à l’intérieur et à l’extérieur de ses frontières. Le groupe envoyé à Sri Lanka sous la direction de Mahinda, fils d’Ashoka, et de Sanghamittâ, sa fille, connut un grand succès.

Le bouddhisme a disparu graduellement de l’Inde du Nord pour diverses raisons, internes et externes. En Inde du Sud il demeura solide pendant plusieurs siècles, aidé en cela par l’influence de Sri Lanka.
Il est très difficile de démêler l’histoire des différents Conciles (toujours entre légende et Histoire). D’autres grands rassemblements du Saṅgha monastique ont eu lieu par la suite, jusqu’au XXe siècle : le 4e Concile au Sri Lanka, quelques années avant notre ère ; à cette occasion une nouvelle assemblée d’arahā se tint et le Tipiṭaka entier ainsi que les commentaires furent récités et consignés par écrit pour la première fois. C’est sous cette forme qu’il nous est parvenu. Le 5e à Mandalay en Birmanie en 1871 ; le Canon pāli fut à cette occasion sculpté sur des plaques de marbre. Le 6e de 1954 à 1956 à Rangoon, Birmanie.

LE THERAVĀDA EN FRANCE

On pourrait supposer que les liens avec ce qui fut l’Indochine sont demeurés importants et que les français sont plus au fait du bouddhisme Theravāda en raison de la présence sur notre sol d’importantes communautés issues du Laos et du Cambodge, mais il n’en est rien. Les (relativement) nombreux centres créés par des asiatiques fonctionnent pour la plupart en cercle fermé, un nombre infime de français les fréquentent. Ces « pagodes » ne sont souvent que des lieux de rencontres sociales, des endroits où se déroulent les cérémonies, où les rituels tiennent une place prépondérante et parfois même l’on consultent les esprits et tirent les horoscopes ! En fait peu proposent une réelle pratique. Parmi ces derniers on peut citer, en région parisienne, le Centre Bouddhique International au Bourget, centre Sri Lankais dirigé par le Vénérable Chandaratana, et le Vat Khemararam à Créteil, centre cambodgien dirigé par le Vénérable Bour Kry. Le monastère Bodhinyaanarama à Tournon sur Rhône, bien que d’approche plus difficile, est également un endroit intéressant. Il existe d’autres centres Theravada offrant des possibilités diverses. Voir à ce sujet le « Guide des centres bouddhistes en France » [Philippe Ronce, éd. Noêsis, 1998].

Le nombre de moines et de nonnes en France (mis à part les enseignants les plus connus, dont le nombre ne doit pas excéder une demi-douzaine) est très difficile à déterminer. Beaucoup de centres ne communiquent pas facilement ni leurs activités ni la composition de leur communauté.

Si l’on se réfère aux conditions traditionnellement énoncées dans les Écritures bouddhiques pour que le Dhamma soit véritablement établi dans un pays – c’est-à-dire, entre autres, qu’il existe une communauté importante de moines autochtones – on ne peut pas vraiment considérer que l’influence du Dhamma en France soit importante.
Plusieurs moines français sont (ou ont été) résidents en France. Le Vénérable Anigho, au Vat Khemararam ; le Vénérable Dhammavicayo, ex-résident au Vat Khemararam, est actuellement en Belgique dans une filiale de ce monastère ; le Vénérable Sâsana et le Vénérable Dhamma Sami, à la pagode du Bourget puis à celle de Bagneux ; le Vénérable Ñânaloka (plusieurs années à Sri Lanka et en Birmanie) a quitté l’Ordre et vit à Grenoble ; un autre français, le Vénérable Dhammapâlita (Paul de Meershmann), moine pendant plusieurs années (principalement à Sri Lanka et en Birmanie), a quitté l’Ordre peu après son retour en France et est retourné par la suite en Asie du Sud-est où plusieurs moines français résident ou ont résidé, en particulier le Vénérable Tithiñâno, moine dans la lignée d’Ajahn Chah. D’autres membres français du Saṅgha monastique résident en Angleterre, au sein de la communauté dirigée par Ajahn Sumedho ; dont le monastère est Amarāvatī, au Nord-Ouest de Londres.

La voix du bouddhisme ancien, le Theravāda, ne se fait guère entendre en France, pour diverses raisons, internes et externes : faiblesse de sa représentation, en quantité comme en qualité, difficulté générale de communication, absence d’une structure éditrice organisée, repli sur soi de certaines communautés, ostracisme des médias vis-à-vis d’une forme de bouddhisme non spectaculaire et réputée austère et élitiste, volonté d’hégémonie de certains groupes ou personnes appartenant à d’autres traditions, intérêt du public potentiel pour des doctrines plus confortables.

copyright M. H. Dufour, Les éditions des Trois Monts