Présentation des 4 Nobles Vérités
L’enseignement des quatre nobles vérités est le premier enseignement donné par le Bouddha, il y a environ 2500 ans. Cet enseignement fondamental, partagé par toutes les traditions bouddhistes, est présenté comme contenant tous les autres enseignements, de la même façon que l’empreinte du pas d’un éléphant peut contenir à elle seule l’empreinte de tous les autres animaux.
L’enseignement des 4 Nobles vérités n’est pas un enseignement dogmatique, mais un enseignement pratique. En effet, plutôt que de rester à la surface de nos vies, en dérivant au gré des bonheurs et des malheurs, des plaisirs et des déplaisirs, le Bouddha nous incite à plonger dans notre monde intérieur, à en faire l’expérience, pour y découvrir, y voir, y embrasser la souffrance inhérente à toute vie. Cet enseignement a pour but de déraciner les causes de la souffrance et d’atteindre la paix inébranlable et inconditionnelle de la libération : le nibbana ou nirvana.
Le Bouddha nous enseigne ainsi à faire l’expérience de ces 4 nobles vérités :
La souffrance existe – il y a une cause à la souffrance – il y a une fin à la souffrance – et il existe un chemin de pratique spirituelle qui met fin à la souffrance.
Mahāhatthipadopama Sutta (MN28 – extrait) (-500 av JC)(retranscrit il a 2000 ans environ)
“Mes amis, tout comme les empreintes de tous les animaux à pattes sont englobées par l’empreinte de l’éléphant, et que l’empreinte de l’éléphant est considérée comme la plus grande d’entre elles en termes de taille, de la même manière, toutes les qualités habiles sont rassemblées sous les 4 nobles vérités. Sous quelles quatre ? Sous la noble vérité de la souffrance, sous la noble vérité de l’origine de la souffrance, sous la noble vérité de la cessation de la souffrance, et sous la noble vérité de la voie de la pratique menant à la cessation de la souffrance”
La première Noble Vérité : La vérité de Dukkha

La première noble vérité du Bouddha est que la souffrance existe. Cette vérité de Dukkha est plus communément traduite par “souffrance”, “anxiété”, “insatisfaction”, “malaise”, « stress ».
Cette vérité nous enseigne que la souffrance est une caractéristique inhérente à l’existence humaine, et qu’elle se manifeste de plusieurs manières :
– Par la souffrance physique et mentale évidentes qui sont associées à la naissance, au vieillissement, à la maladie et à la mort .
– Par l’insatisfaction liée à l’impermanence de toutes choses : le fait que tout ce qui nous apporte plaisir ou bonheur est éphémère et ne peut pas nous satisfaire de manière durable.
– Par une insatisfaction fondamentale, parfois subtile, liée à l’instabilité et la complexité de ce dont nous faisons l’expérience. Cette insatisfaction qui peut nourrir parfois le sentiment que les choses ne sont jamais à la hauteur de nos attentes ou de nos normes.
En attirant notre attention sur la souffrance que nous ressentons, le Bouddha nous incite à l’observer, à la comprendre, et à prendre conscience des processus les plus fondamentaux à l’œuvre dans l’esprit. Il nous amène à réaliser que la souffrance et l’inconfort résident dans notre esprit et non pas dans des conditions extérieures.
Cette prise de conscience est cruciale pour motiver la recherche d’une libération de Dukkha à travers la pratique spirituelle du chemin bouddhiste.
« La première noble vérité dit que ressentir de l’inconfort fait partie de l’être humain. Rien dans son essence, n’est figé. Tels des enchanteurs, tout autour de nous, le vent, le feu, la terre, l’eau prennent toujours des formes différentes. Nous aussi, nous changeons comme le temps. Nous allons et venons comme les marées, nous allons et venons comme la lune. Nous ne voyons pas que, comme le temps (qu’il fait dehors), nous sommes fluides et non solides. Et c’est ainsi que nous souffrons. » Pema Chodron
Le deuxième Noble Vérité : L’ origine de la souffrance

La deuxième vérité est la vérité de l’origine de la souffrance.
Selon les enseignements du Bouddha, c’est l’attachement au désir qui est à l’origine de la souffrance. Le leurre du désir, c’est la promesse de satisfaction car cette soif ne peut jamais être durablement assouvie, parce que le monde est changeant . Elle enchaine celui qui la suit au cycle des souffrances et de la mort.
Cette soif, peut se manifester de plusieurs manières : la soif pour les plaisirs des sens, la soif de devenir et la soif de ne plus vouloir faire l‘expérience du monde et d’être séparé des sentiments douloureux.
La soif, n’est pas la première ou la seule cause de l’apparition de dukkha. Mais c’est la cause la plus palpable et la plus immédiate, la “chose principale” et la “chose omniprésente”.
Dhammapada v 342 (début ère chrétienne)
Les hommes, enveloppés par la soif, sont terrifiés comme un lièvre captif ; tenus fermes par les entraves et les liens, pour longtemps, ils vont vers le chagrin, encore et encore.
Ajahn Sumedho
Le leurre du désir, c’est la satisfaction.
La troisième Noble Vérité : La cessation de la souffrance
La troisième noble vérité du Bouddha est celle de la cessation de la souffrance. Elle enseigne qu’il est possible, à travers la pratique spirituelle, de mettre fin à la souffrance en éliminant ses causes, c’est-à-dire en se libérant de la soif, de l’attachement aux désirs et, plus profondément encore, en mettant fin à l’ignorance.
Le nibbana (ou nirvana) est l’objectif ultime du bouddhisme. Il représente l’état de libération totale et la fin de la souffrance.
Uposatha Sutta (Ud 5.5 ): III ème s av JC
De plus, tout comme l’océan a un seul goût – celui du sel – de la même manière, [l’enseignement du bouddha] a un seul goût : celui de la libération…
La quatrième Noble Vérité : Le chemin qui mène à la cessation de la souffrance – L’ Octuple Noble Sentier
La quatrième noble vérité est celle du chemin qui mène à la libération de la souffrance (dukkha).
Ce chemin décrit de façon pratique les moyens à mettre en œuvre pour atteindre ce but, en éradiquant les causes de la souffrance. Il propose un entraînement de l’esprit selon huit aspects, regroupés en trois axes :
- Le développement de la discipline morale : soutenu par l’entraînement à la parole juste, à l’action juste et aux moyens d’existence justes.
- Le développement de la concentration : soutenu par l’entraînement à l’effort juste, à l’attention juste et à la concentration juste.
- Le développement de la sagesse : soutenu par l’entraînement à la compréhension juste et à la pensée juste.
Le terme « juste » signifie ici que ces huit aspects concourent à l’éradication de la souffrance.
Ces huit aspects forment ce que l’on appelle l’Octuple Noble Sentier, ou le Sentier Octuple des Nobles.
L’ Octuple Noble Sentier

Le développement de la discipline morale ou de l’éthique (Sila)

Le développement de la discipline morale, ou de l’éthique, a pour but d’éviter et d’écarter les obstacles sur le chemin qui mène à la fin de la souffrance, et ainsi de protéger le développement de l’esprit.
Il repose sur l’entraînement à la parole juste, à l’action juste et aux moyens d’existence justes.
LA PAROLE JUSTE
La parole juste consiste à s’abstenir de paroles fausses, médisantes, dures et futiles.
L’ACTION JUSTE
L’action juste consiste à s’abstenir de prendre la vie, de prendre ce qui n’est pas donné, et d’avoir une conduite sexuelle inappropriée.
LES MOYENS D’EXISTENCE JUSTES
Les moyens d’existence justes sont ceux obtenus pacifiquement, par des moyens légaux, sans contrainte ni violence.
Ces trois formes d’entraînement constituent les fondements de la discipline morale, ainsi que d’une certaine harmonie sociale, psychologique et contemplative, indispensable au développement de l’esprit.
Dhammapada (v.183)( 300 av JC)
« Évite tout mal, cultive le bien, purifie ton esprit, ceci est l’enseignement du Bouddha »
Le développement de la concentration (samadhi)
Le développement de la concentration est assuré par l’entraînement à l’effort juste, à la concentration juste et à l’attention juste.
Il a pour but de favoriser l’équilibre émotionnel et le développement de qualités particulières de l’esprit.
L’EFFORT JUSTE
L’effort juste apporte l’énergie nécessaire pour l’entrainement de l’esprit, il recouvre 4 aspects :
– Empêcher l’émergence d’états non-bénéfiques qui ne sont pas encore apparus.
– Abandonner les états non-bénéfiques déjà présents et permettre patiemment « au désagréable » de suivre son cours.
– Chercher à développer les états bénéfiques quine sont pas encore apparus.
– Maintenir et améliorer les états bénéfiques qui sont déjà présents.
L’ATTENTION JUSTE
L’attention juste, c’est la pleine conscience des phénomènes qui se produisent à chaque instant. C’est la rencontre pure et immédiate avec l’expérience du moment présent, sans les voiles des idées et des opinions, sans les ajouts fabriqués par l’esprit.
Ce regard intérieur peut se porter sur le corps, les ressentis, les états d’esprit et l’esprit lui-même : les quatre fondements de l’attention.
Cette attention juste, appelée aussi pleine conscience juste, défait les nœuds et les confusions par le simple fait de voir et de noter, en observant chaque situation au moment où elle apparaît, demeure et disparaît.
Cet entraînement de l’esprit constitue le travail de la méditation fondée sur l’attention.
LA CONCENTRATION JUSTE
La concentration juste, c’est la tentative délibérée de centrer intensément l’esprit sur un objet unique, de manière saine et bénéfique.
Progressant d’étape en étape, l’esprit, ainsi libéré de toute distraction et profondément apaisé, devient un outil efficace pour une nouvelle forme de connaissance.
Comme un lac imperturbable sous la brise, l’esprit concentré est un miroir fidèle qui reflète tout ce qui est placé devant lui, exactement tel que c’est.
Cet entraînement de l’esprit constitue le travail de la méditation fondée sur la concentration.
Le développement de la sagesse (panna)
Selon les enseignements du Bouddha, l’ignorance est la racine de toutes les souffrances. La voie de la libération est donc directement opposée à l’ignorance : c’est la voie du développement de la sagesse. Cet entraînement à la sagesse passe par le développement de la compréhension juste et de l’intention juste. Il a pour but de diriger l’esprit sur le chemin qui mène à la fin de la souffrance.
LA COMPRÉHENSION JUSTE
La compréhension juste émerge avec la pleine prise de conscience de notre souffrance, mais aussi du chemin qui mène à sa fin. Elle nous permet de comprendre notre point de départ, notre destination, et les étapes successives à mettre en œuvre.
La compréhension juste apporte ainsi la perspective qui va motiver tous nos actes — actes du corps, de la parole et de la pensée — vers la libération de la souffrance, en nous rappelant que les actes non bénéfiques engendrent la souffrance, tandis que les actes bénéfiques mènent au bonheur. Elle nous rappelle ainsi à quel point nous sommes liés à nos actions, héritiers de celles-ci.
En bref, la compréhension juste atteint son plein développement avec la compréhension directe des quatre nobles vérités : la souffrance, son origine, sa cessation, et le chemin qui mène à sa cessation.
L’INTENTION JUSTE
L’intention juste oriente l’esprit vers les objectifs utiles à la fin de la souffrance, des objectifs mis en lumière par la compréhension juste : la compréhension des quatre nobles vérités.
Tandis que la compréhension juste élimine l’ignorance (le premier poison de l’esprit), l’intention juste agit contre les deux autres poisons : l’aversion et l’avidité.
L’intention juste doit être développée selon trois aspects :
- L’intention de renoncement
Le vrai renoncement ne consiste pas à nous forcer à lâcher ce qui nous est encore cher, mais à changer notre regard sur ces choses, afin qu’elles ne nous entravent plus. - L’intention de bienveillance
Elle ne répond pas à un impératif moral, mais naît d’un élan intérieur pour le bonheur de tous. - L’intention de ne pas blesser
Elle se manifeste par le souhait sincère que nul ne souffre.
L’intention juste est un facteur essentiel, car la direction que nous prenons dans la vie dépend des intentions que nous générons, instant après instant.
Note du rédacteur:
Cette présentation est une synthèse de plusieurs enseignements, reprenant parfois au mot prés les textes originaux. Le seul but est d’offrir une porte d’entrée facilement accessibles aux enseignements fondamentaux du Bouddha.
Ci dessous, la liste complète des textes et sources utilisés:
Ajahn Sumedho – Les 4 Nobles vérités
Ajahn Thanissaro – Life Isn’t Just Suffering
Ajahn Thanissaro – Wings to Awakening – part II – Noble eightfold path
Ajahn Thanissaro – Wings to Awakening – part III – 4 Noble truths (extrait)
Bhikkhu Bodhi – Le noble sentier octuple (la voie vers la fin de la souffrance)
Bhikkhu Bodhi – The Nobility of the Truths
Bhikkhu Bodhi – The Four Noble Truths – A study guide
Encyclopedia of buddhism – The four noble truth
Bhikkhu Bodhi – Magga-vibhanga Sutta (Sn: 45-8): An Analysis of the Path
satipatthana sutta (DN 22 texte intégral)
The Four Noble Truth ( Access to insight)
Les images sont la propriété de Vivekarama

Le Theravada, ( en langue pāli Therav

