Les « trois caractéristiques » (tilakkhaṇa)

Les trois caractéristiques:

Tout ce qui existe dans l’univers conditionné est : potentiellement source d’insatisfaction ou de mal-aise (dukkha), non permanent (anicca) et impersonnel ou « vide » (anattā).

sabbe saṅkhārā aniccā’ti
yadā paññāya passati
atha nibbindatī dukkhe
esa maggo visuddhiyā.

La non-permanence est au cœur de tout ce qui est conditionné,
Lorsque l’on peut le percevoir avec sagesse,
Alors on se détourne de dukkha.
Cela est le sentier de la purification.

sabbe saṅkhārā dukkhā’ti
yadā paññāya passati
atha nibbindatî dukkhe
esa maggo visuddhiyā

Le déséquilibre est au cœur de tout ce qui est conditionné,
Lorsque l’on peut le percevoir avec sagesse,
Alors on se détourne de dukkha.
Cela est le sentier de la purification.

sabbe dhammā anattā’ti
yadâ paññāya passati
atha nibbindatî dukkhe
esa maggo visuddhiyā.

L’absence d’essence personnelle est au c½ur de tout ce qui est, conditionné et non conditionné.
Lorsque l’on peut le percevoir avec sagesse,
Alors on se détourne de dukkha.
Cela est le sentier de la purification. »
Dhammapada, verset 277 à 279

Ces versets sont fréquemment récités par les moines (sous cette version ou sous une autre), lors des cérémonies quotidiennes ou lors des funérailles. Ils constituent une forme de méditation discursive largement usitée chez les moines ainsi que chez les laïcs.
On peut résumer cet enseignement, typique de la stratégie émancipatrice du Bouddha, de la façon suivante :

Tout ce qui existe dans l’univers conditionné est : potentiellement source d’insatisfaction ou de mal-aise (dukkha), non permanent (anicca) et impersonnel ou « vide » (anattā). Les trois caractéristiques
Il est à noter que même si le non conditionné (le nibbāna) échappe aux deux premières caractéristiques, il est néanmoins soumis à la troisième.

Dukkha

Instable, sans véritable fondement, dans un état de perpétuelle agitation, « décentré », déséquilibré.

C’est la constatation de base, la première des Vérités nobles (re)découvertes par le Bouddha lors de son Éveil.
Souvent traduit par « douleur » ou « souffrance » ce concept recouvre en fait un domaine beaucoup plus large. C’est bien sûr tout ce qui est insatisfaction, douleur physique ou morale, mais c’est surtout ce sentiment de « mal-être », sentiment de « ce n’est pas vraiment ça » que la plupart des gens éprouvent sans vraiment pouvoir le définir ou en cerner la cause. Dukkha est source de sentiments de dysharmonie, d’inconfort, d’irritation, d’incertitude, d’inadéquation.

Anicca

Soumis au changement perpétuel, éphémère, inconsistant, fluctuant. Possédant la nature de surgir et de disparaître.

Anattā

« Non-moi », c’est-à-dire impersonnel, dépourvu d’essence individuelle, sans existence propre, sans propriétaire, indigne d’attachement égotiste.
On peut dire « vide », dans le sens psychologique, et non dans le sens ontologique. Anattā n’est pas, à l’instar de tous les enseignements du Bouddha, un principe dogmatique à plaquer sur la réalité, mais un outil de contemplation, permettant petit à petit de ne plus rien considérer comme « moi, mien » et de déraciner le réflexe permanent d’appropriation [46]. La croyance en un moi indépendant (sakkāya diṭṭhi) étant l’un des plus puissants liens nous retenant à la roue du saṁsāra, c’est-à-dire à la répétition compulsive et non consciente d’actions génératrices de mal-aise pour soi-même et les autres.

Ces « trois caractéristiques » ne sont en fait que des facettes différentes mais complémentaires d’une même réalité : le caractère éminemment illusoire de toute stabilité et de toute sécurité dans le monde conditionné. Beaucoup plus qu’un jugement ontologique elles représentent en fait un moyen approprié, une astuce pédagogique du Bouddha, destinés à nous éviter de tomber dans le piège de l’attachement à ces conditions illusoires.

Le Bouddha a établi une distinction entre la Vérité ultime et la vérité conventionnelle. L’idée d’un soi est purement un concept, une convention, tout comme : américain, thaï, enseignant, étudiant ; ce ne sont que des conventions. De façon ultime personne n’existe, il n’y a que des combinaisons temporaires des éléments terre, feu, eau et air. Nous appelons ce corps une personne, mon moi, mais en définitive il n’y a pas de moi, il n’y a que anattā, non-moi. Pour comprendre ce non-moi vous devez méditer. Si vous ne faites qu’intellectualiser, votre tête va exploser. Ce n’est que lorsque vous aurez compris le non-moi dans votre c½ur que le fardeau de la vie aura disparu. Votre vie de famille, votre travail, tout deviendra beaucoup plus facile. Lorsque vous voyez au-delà du moi, vous n’êtes plus attaché au bonheur, et lorsque vous n’êtes plus attaché au bonheur vous pouvez véritablement être heureux. »

Ajahn Chah
copyright M. H. Dufour, Les éditions des Trois Monts