Les quatres Vérités Nobles – (ou faits de l’existence des Nobles )

Il est fondamental de rappeler que le Bouddha n’a jamais enseigné un système. S’il existe, au sein du Canon pāli, de nombreuses listes et classifications, elles ne possèdent qu’un but didactique, leur objet étant de fournir une base de réflexion et de méditation (kammaṭṭhāna).C’est le cas des quatres vérités nobles..

Directement liées à l’Éveil du Bouddha (en fait de tous les bouddhas !) et constituant la base immuable de tous ses Enseignements, les quatres vérités nobles sont exposées dans le Dhammacakkappavattana Sutta (le Sermon sur la « mise en action de la Roue de la Loi ») que l’école Theravāda considère comme la quintessence du message du Bouddha. Ce fut le premier sermon du Bouddha après son Éveil, mais assez curieusement il ne figure pas en premier dans la compilation du Canon pāli. On peut considérer que tous les autres points de la doctrine bouddhique ne sont que des corollaires de ces quatres vérités nobles . Elles constituent un champ infini de pratique pour tout bouddhiste.

Fondement de toutes les écoles bouddhiques authentiques, référence constante des pratiquants, réflexion et contemplation riches d’implications, ces quatres Vérités Nobles ne doivent pas être considérées comme des vérités dogmatiques à s’approprier sans examen mais comme des outils d’analyse et d’observation approfondie de la réalité. Ce sont des vérités qui ennoblissent et non pas simplement la relation d’une sombre réalité.

L’édifice entier de l’Enseignement du Bouddha repose sur une constatation très simple : l’inadéquation entre la réalité du monde et notre volonté de le modeler selon nos impulsions égocentriques, le conflit quasi permanent entre les événements et notre désir illusoire que le monde s’ordonne autour de nous.

En résumé, et de façon purement didactique, on peut présenter les quatres Vérités Nobles ainsi :

  1. le déséquilibre (dukkha), potentiellement générateur d’insatisfaction ou de souffrance, est omniprésent, l’harmonie est perpétuellement remise en question,
  2. l’origine (samudaya) de l’insatisfaction est l’attachement au désir égocentrique, l’esclavage des désirs, la « soif » insatiable d’être et de posséder (taṇhā),
  3. la libération (nirodha) de l’esclavage du désir est possible, elle conduit au nibbāna,
  4. le chemin (magga) menant à cette cessation est le « noble Sentier aux huit branches » reposant sur les trois fondations : Connaissance transcendante, Conduite éthique, Culture mentale.

Extrait du Dhammacakkappavattana Sutta (Samyutta Nikâya) – Les quatres vérités nobles

(Voici, ô moines) la Vérité noble dite dukkha : la naissance est dukkha, le vieillissement est aussi dukkha, la maladie est aussi dukkha, la mort est aussi dukkha, être uni à ce que l’on n’aime pas est dukkha, être séparé de ce que l’on aime est dukkha, ne pas obtenir ce que l’on désire est aussi dukkha. En résumé, les cinq agrégats d’attachement sont dukkha.
(Voici, ô moines) la Vérité noble dite la cause de dukkha : c’est cette « soif » qui produit la ré-existence et le re-devenir, qui est liée à une avidité passionnée et qui trouve une nouvelle jouissance tantôt ici, tantôt là, c’est-à-dire la soif des plaisirs des sens, la soif de l’existence et du devenir et la soif de la non-existence.
(Voici, ô moines) la Vérité noble dite la cessation de dukkha : c’est la cessation complète de cette « soif », la délaisser, y renoncer, s’en libérer, s’en débarrasser. (…)(Voici, ô moines) la Vérité noble du Sentier conduisant à la cessation de dukkha : c’est simplement le noble Sentier aux huit branches, c’est-à-dire : la compréhension correcte, la pensée correcte, la parole correcte, l’action correcte, les moyens d’existence corrects, l’effort correct, l’attention correcte, l’unification mentale correcte. « 

Ces quatre Vérités nobles possédant chacune trois aspects de reconnaissance : la théorie (pariyatti), la reconnaissance de l’existence de la Vérité noble ; la pratique (paṭipatti), la reconnaissance de la nécessité de mettre en pratique la Vérité noble ; le résultat (paṭivedha), la reconnaissance du résultat de la pratique.

Le problème existentiel : le déséquilibre, la dysharmonie sont potentiellement source de souffrance

Dukkha, littéralement « difficile à supporter », fait référence à l’insatisfaction, l’incomplétude, l’imperfection, l’insécurité, implicites dans tous les phénomènes qui, en raison de leur changement perpétuel, sont toujours potentiellement sujets à provoquer la souffrance.

Ce concept inclut tout ce qui est désagréable, depuis les souffrances corporelles grossières et la souffrance implicite dans le vieillissement, la maladie et la mort, jusqu’aux sentiments subtils tels qu’être séparé de ce que nous aimons ou associé à ce qui nous déplaît et aux états mentaux plus fins comme la torpeur, l’ennui, l’agitation, etc. Il est souvent traduit, d’une façon réductrice, par « douleur » ou « souffrance », mais ces termes sont loin de le définir parfaitement. Dukkha est en fait le déséquilibre, le malaise éprouvé devant la nature oppressive de tous les facteurs d’existence par suite de leurs continuelles apparitions et disparitions. Il possède de nombreuses connotations selon la base ou selon la source, ainsi que de multiples formes.

Les réactions à dukkha ont pour origine l’incapacité à comprendre et admettre la non-permanence et le caractère impersonnel et non substantiel de tous les phénomènes, éléments constituant (avec dukkha) les « trois caractéristiques » (tilakkhaṇa). C’est cette incapacité à comprendre qui place l’être humain, antérieurement à l’Éveil, dans la même situation que Sisyphe [note 1], condamné à répéter de manière compulsive les mêmes actions et les mêmes attitudes mentales néfastes.

À l’instar de tous les principes de base de l’Enseignement bouddhique, l’appréhension intellectuelle pure ne peut l’épuiser, dukkha se situe toujours au-delà, dans une expérimentation de tous les instants.

La cause : la propension à s’approprier, l’attirance irrésistible vers la flamme qui consume

Ce désir ardent, cette « soif » (taṇhā), cette attirance irrésistible, conduit à l’esclavage, à l’emprise totale du monde des sens sur l’esprit.

Taṇhā est subdivisé traditionnellement en six catégories :

  1. rūpa taṇhā, désir ardent pour les formes matérielles
  2. sadda taṇhā, désir ardent pour les sons
  3. gandha taṇhā, désir ardent pour les odeurs
  4. rasa taṇhā, désir ardent pour les saveurs
  5. phoṭṭhabba taṇhā, désir ardent pour les choses tangibles
  6. dhammā taṇhā, désir ardent pour les idées.

D’autres classifications se trouvent dans les textes traditionnels, ce qui montre sa complexité et son vaste champ d’application :

  1. kāmataṇhā, désir ardent pour les expériences sensuelles agréables
  2. vata, désir ardent pour l’existence
  3. vibha vatanhâ, désir ardent pour la non-existence.

Ou encore :

  1. >kāmataṇhā, désir ardent pour les expériences sensuelles agréables
  2. rūpataṇhā, désir ardent pour les formes matérielles
  3. arūpataṇhā, désir ardent pour les choses abstraites ou l’existence sans forme.

La libération : desserrer la ceinture qui étouffe

Lorsque la cause du trouble est perçue il existe une possibilité de guérison. De la même manière, au-delà du chaos des désirs incontrôlés suscités par taṇhā, réside un havre de repos. Cet arrêt des proliférations anarchiques du corps, de la parole et du mental est l’un des multiples aspects de ce que l’on nomme le nibbāna.

Désigné de nombreuses façons dans les Écritures traditionnelles, ce but ultime de la pratique bouddhique est principalement décrit négativement afin d’éviter tout attachement intellectuel, voire mystique, à un concept confortable.

Le nibbāna est la cessation de ce que l’on nomme les « trois poisons » : ignorance, avidité et malveillance. Lorsque l’énergie ayant suscité ces trois pulsions fondamentales et naturelles (c’est-à-dire les actions malsaines, volontaires et consciemment acceptées) est épuisée, la véritable nature de la délivrance est perceptible. Même si ce but paraît lointain, voire irréalisable, il est néanmoins possible d’en goûter la saveur en expérimentant les résultats bénéfiques des différentes voies ou pratiques décrites dans la noble Vérité suivante.

Le fait que le Bouddha soit parvenu à la délivrance ultime de tous les liens et qu’il a existé, et qu’il existe encore peut-être, des arahantā (êtres réalisés), doit constituer une incitation à ne pas se perdre dans les actions négatives et le doute sceptique perpétuel.

Le chemin : le choix de la Voie royale

L’Enseignement du Bouddha étant avant tout une pratique de vie, une science de l’esprit et non un système philosophique dénué de toute application existentielle, il existe un moyen de réaliser les trois nobles Vérités précédentes.

Le Suttapitaka (l’ensemble des Sermons) nous offre non seulement les divers aspects du Dhamma mais également des guides pragmatiques nous permettant de réaliser personnellement ce Dhamma. Toutes les observances et les pratiques formant les étapes du Chemin conduisent à la purification [note 2] mentale à trois niveaux : purification par la conduite correcte, purification par l’harmonie de l’esprit, purification par la connaissance transcendante (sīla visuddhi, samādhi visuddhi, paññā visuddhi).

Après avoir exposé le problème existentiel et les causes de ce problème, le Bouddha, dans la quatrième des « Vérités nobles », nous propose un chemin de pratique, Voie royale du juste milieu entre les extrêmes, permettant de se libérer de l’insatisfaction et de la souffrance.

On classe généralement les huit éléments constituant cette Voie en trois chapitres : Sagesse, Éthique et Unification mentale. Bien que cette exposition, purement didactique, puisse sembler impliquer un ordre ou une progression, il n’en est rien. À l’image de chaque brin contribuant à la solidité d’une corde, les différentes parties de la Voie s’interpénètrent à tous les niveaux et chacune contient toutes les autres et à la fois les génère et s’en nourrit.

Néanmoins, au départ, une certaine dose de sagesse (encore mondaine à ce niveau) est nécessaire, sagesse consistant à savoir qu’il existe un chemin et des moyens pour accomplir ce chemin. La « perfection » ou « rectitude » de ces moyens réside dans le fait qu’ils impliquent de vivre en accord avec la vertu, la méditation et la sagesse plutôt qu’en se fondant sur une position orientée sur soi, une vision égocentrique.

Présentation de la Voie dans les textes classiques 

I. Sagesse (paññā)

    1. conception correcte (sammā diṭṭhi)

La vue, la compréhension non viciée. Elle implique une première appréhension des quatre Vérités nobles et consiste, en un premier temps, à saisir l’insatisfaction, sa cause, son extinction et le chemin y conduisant, c’est-à-dire, en un mot, comprendre la nécessité de la pratique et sa nature.

    1. pensée, résolution, intention correcte (sammā saṅkappa)

L’intention correcte, les aspirations correctes, impliquent l’intention ou la résolution d’élever l’esprit, de le libérer de l’attachement à la sensualité, de la malveillance envers autrui, de la violence envers autrui et soi-même. Elle se nourrit d’une pensée libre de convoitise, de mauvais vouloir et de cruauté.

II. Conduite droite, éthique (sīla)

    1. parole correcte (sammā vācā)

Elle concerne le contrôle de la parole sous tous ses aspects, en particulier s’abstenir de mensonges, de racontars, de paroles dures et de paroles vaines. Elle incite à constamment observer l’intention avant de parler, à juger de la nécessité de parler et du moment opportun pour le faire, et à poser des paroles de concorde plutôt que de discorde.

    1. action correcte (sammā kammanta)

La conduite correcte implique, pour tout bouddhiste laïc, l’observance des préceptes de base (sīla), d’une façon globale : s’abstenir de toute action susceptible de générer la souffrance en soi et autrui et d’excès en toutes choses.

    1. moyen d’existence correct (sammā ājīva)

Le mode de vie correct implique l’abstention de moyens néfastes, non éthiques, de gagner sa vie et la mise en œuvre de moyens justes et honorables, ne lésant aucun être vivant. Les bouddhistes prenant à cœur leur pratique sont invités à ne pas exercer les activités suivantes : vendre des êtres vivants, des poisons, de la drogue, de l’alcool ou des armes.

III. Unification mentale (samādhi)

    1. effort correct (sammā vāyāma)

Cette pratique implique : l’effort d’éviter (saṁvara) et l’effort de surmonter (pahâna) les états néfastes et malsains, l’effort de développer (bhāvanā) et l’effort de maintenir (anurakkhanâ) les états bénéfiques et sains, les brahma vihāra et les pāramitā par exemple.

    1. vigilance correcte (sammā sati)

Elle recouvre l’attention correcte, la présence totale. Sati implique une vigilance de tous les instants en ce qui concerne les phénomènes intérieurs et extérieurs, physiques et mentaux, leur analyse et leur synthèse. Elle inclut les quatre attentions fondamentales (satipaṭṭhāna), l’un des fondements de la pratique méditative dans la Voie bouddhique : attention au corps, aux sensations, à l’esprit, aux phénomènes.

    1. harmonie mentale correcte (sammā samādhi)

Elle est unification de l’esprit correcte, équilibre mental correct. Elle constitue la manière correcte d’utiliser la méditation et ses résultats, uniquement pour le développement et la libération personnelle et éventuellement comme base des quatre « absorptions » (jhāna).

 (…) Le premier des huit facteurs du chemin est la Vue correcte (sammā diṭṭhi), qui naît de la vision et de l’expérimentation de la cessation. Posséder la Vue correcte nécessite d’être très vigilant en permanence. Nous devons connaître que tout surgit et disparaît et est non-soi, et cela doit être une expérience directe, une vision intérieure. La Vue correcte est fondée sur la connaissance intérieure directe, et non simplement sur une réflexion et une croyance dans le concept. Aussi longtemps que nous ne connaissons pas réellement mais simplement pensons connaître, nous demeurons dans un état d’incertitude et de confusion. C’est parce que la connaissance intellectuelle se fonde seulement sur des symboles et non sur une expérience directe de la Vérité.

Le second facteur du chemin est l’Attitude correcte ou Intention correcte (sammā saṅkappa). Une fois la Vue correcte établie notre intention à partir de ce moment est dirigée vers le nibbāna ou le non créé, vers la libération. Nous ressentons encore des impulsions et des tendances comme le doute, l’inquiétude ou la peur, nous tirant en arrière vers le monde des sens, mais maintenant nous reconnaissons ces impulsions. Nous les connaissons telles qu’elles sont, et nous ne pouvons être abusés très longtemps par ces conditions. Auparavant, nous pouvions nous enfoncer pendant des semaines dans le découragement, le doute, la peur ou l’avidité sous diverses formes. Une fois que cette expérience de vision intérieure s’est produite et que la Vue correcte s’est installée, alors il y a Attitude correcte. Parce qu’il existe encore une résistance à mettre en œuvre l’effort d’être éveillé, il se peut que nous essayions de nous abuser, mais ce n’est possible que pour peu de temps.

La Vue correcte et l’Attitude correcte constituent ensemble la sagesse (paññā) et elles nous conduisent aux troisième, quatrième et cinquième aspects du chemin : Parole correcte, Action correcte et Mode de Vie correct (sammā vācā, sammā kammanta, sammā ājīva). En langue pāli nous appelons ces trois éléments du chemin, sīla, l’aspect éthique du Sentier aux huit branches. Sīla signifie accomplir ce qui est bénéfique et s’abstenir de ce qui est négatif en action corporelle et en parole. La Vue correcte et l’Attitude correcte encouragent sīla car une fois la Vérité perçue nous ne sommes plus enclins à utiliser notre corps ou notre parole pour léser nous-mêmes ou les autres êtres. Nous nous sentons responsables ; nous n’allons pas faire mauvais usage de notre propre corps ou de celui de quelqu’un d’autre, ou léser les autres êtres intentionnellement. Il se peut que nous le fassions sans le vouloir, mais nous n’avons pas l’intention de léser. C’est la différence.

Lorsque sīla est présent nous sommes équilibrés émotionnellement et nous nous sentons en paix. Parce que ni nous ne blessons, ni ne volons, ni ne mentons, il n’y a pas de regrets, nous n’avons pas de sentiment de culpabilité et un sentiment de calme, d’équanimité et d’humilité s’installe. De cette sensation de paix naissent les sixième, septième et huitième aspects du chemin : Effort correct, Attention correcte et Unification de l’esprit correcte (sammā vāyāma, sammā sati, sammā samādhi). Avec l’effort, l’attention et l’unification de l’esprit, le passif et l’actif sont équilibrés. C’est comme dans l’apprentissage de la marche : nous sommes constamment en train de perdre l’équilibre et de tomber, mais dans ce processus même nous développons de la force, tout comme le bébé. Un bébé apprenant à marcher développe de la force en dépendant de ses parents, en dépendant des tables et des chaises, et en tombant, se faisant mal et se relevant. En définitive, il fait deux pas, puis il commence à marcher et enfin commence à courir. C’est la même chose avec l’équilibre émotionnel. Une fois que nous savons ce que signifie être en équilibre il n’y a plus de problèmes, nous pouvons marcher, courir, tourner, sauter.

Le Sentier aux huit branches se divise en trois sections : sīla, samādhi et paññā. Sīla est la conduite éthique, samādhi l’unification mentale, paññā la sagesse. Sīla est la façon dont nous nous conduisons, dont nous vivons, dont nous utilisons notre corps et notre parole. Samâdhi est l’équilibre des émotions. Lorsque nous possédons un excellent samādhi, l’amour est libre du désir égocentrique, libre de convoitise et d’exploitation de l’autre. Avec l’équilibre émotionnel vient une espèce de joie et d’amour. Nous ne sommes pas indifférents, mais nous possédons l’équilibre. Nous pouvons aimer car il n’y a rien d’autre à faire. C’est la relation naturelle lorsqu’il n’y a pas de soi. Mais lorsque l’égocentrisme surgit, alors l’amour devient convoitise, la compassion devient condescendance, la joie devient désir égocentrique de bonheur. Lorsqu’il n’y a pas de soi, la joie est naturelle et la compassion surgit spontanément dans l’esprit. Paññā est sagesse, la connaissance de la Vérité engendrant la parfaite harmonie entre le corps, les émotions et l’intellect. Avec la sagesse, ces trois qualités fonctionnent en harmonie et se soutiennent l’une l’autre au lieu d’être des forces en conflit. »

Ajahn Sumedho

« Lorsque le Bouddha délivra son sermon sur les quatre Vérités nobles un seul parmi les cinq disciples présents comprit réellement. Les autres apprécièrent l’exposé, pensant « C’est vraiment un bel enseignement ! », mais seul Kondañña acquit la parfaite compréhension de ce que le Bouddha disait. (…)

Qu’avait donc compris Kondañña ? Quelle fut cette réalisation que le Bouddha loua à la fin de son sermon ? C’était : « Tout ce qui est sujet à la naissance est sujet à la disparition ». En fait cela ne ressemble pas à une connaissance particulièrement profonde, mais ce que cela implique est une caractéristique universelle : tout ce qui surgit cesse ; c’est non permanent et ne nous appartient pas, c’est « non-soi » … Aussi ne vous attachez pas, ne soyez pas trompé par ce qui surgit et cesse. Ne recherchez pas un refuge, quelque chose en lequel vous souhaitiez avoir confiance et où vous désiriez demeurer, dans quoi que ce soit qui surgisse, car tout cela cessera.

Si vous voulez souffrir et gaspiller votre vie, attardez-vous aux choses qui surgissent. Elles vous conduiront toutes vers la fin, vers le déclin, et vous n’en serez pas plus sage. Vous ne ferez que tourner en rond, répétant les mêmes anciennes et tristes habitudes et, au moment de la mort, vous n’aurez rien appris d’important de votre vie. »

Ajahn Sumedho

[note 1] Sysiphe

Roi légendaire de Corinthe qui fut condamné aux Enfers pour ses crimes ; son supplice consistait à faire rouler un rocher sur la pente d’une montagne, mais celui-ci retombait toujours avant d’atteindre le sommet. retour

[note 2] Purification, pureté

Condition de l’esprit dans laquelle tous les obstacles (kilesa) à la maturation de la sagesse sont écartés.

Dans l’Enseignement du Bouddha la « pureté » (de l’esprit) est le résultat de la pratique individuelle d’actions positives et du développement de la sagesse. Elle n’est nullement dépendante d’interventions extérieures à soi-même, de l’accomplissement de rites ou du pouvoir d’une déité quelconque. retour

© M. H. Dufour, éditions de l’Harmattan